UMORE-GI
PHOTOGRAPHIES – ÉLOGE DU MOTTAINAI JAPONAIS
Impression sur papier Hahnemüle
Formats variés
2023

« Fin mai 2023. Notre voyage au Japon touche à sa fin. La veille du départ, chacun suit ses envies : les femmes retournent à Kichijōji pour l’après-midi, tandis que je choisis de rester à Tokyo pour une promenade autour du Palais impérial, sous un soleil de plomb. Le long des vastes pelouses impeccablement entretenues, les allées sont désertes. Les grands pins, taillés en plateaux, dessinent des silhouettes paisibles qui contrastent avec la géométrie nerveuse des immeubles modernes à l’arrière-plan. Je me contente de quelques photos, presque mécaniques et à caractère touristique, sachant la carte mémoire de mon appareil déjà bien remplie d’images plus signifiantes et plus représentatives de mes coups de cœur des dernières semaines.

Sur le flanc est du complexe impérial se dresse la porte historique Hirakawa-mon. Édifiée durant la période Edo, elle ouvre aujourd’hui l’accès aux jardins du Palais. Pour l’atteindre, il faut franchir le pont de bois qui enjambe la douve. Mon attention est attirée par les nombreuses chevilles de bois enchâssées dans les madriers qui composent le tablier du pont. Leurs contours variés semblent dériver d’un hexagone, et certaines accueillent même d’autres chevilles, plus petites et rectangulaires. On dirait des réparations anciennes. Sur le moment, leurs formes, leur fonction et leur raison d’être m’échappent, mais le potentiel photogénique des étranges compositions qu’elles dessinent ne fait aucun doute dans mon esprit. Pour le xylophile que je suis, ce pays aura toujours de quoi me fasciner. »
Umore-gi
Mes recherches récentes m’ont permis d’apprendre que cette méthode de restauration, qui consiste à insérer des pièces de bois hexagonales appelées umore-gi (littéralement « bois enterré » ou « bois inséré »), est fréquente au Japon. Elle n’est pas structurelle, mais sert à la préservation et à la réparation superficielle. Les chevilles hexagonales sont utilisées pour combler les cavités laissées par d’anciens clous, les nœuds tombés ou les fissures causées par le temps. Le choix d’une forme géométrique précise (hexagone ou parfois carré) permet un ajustement optimal avec le bois d’origine. Contrairement à une cheville ronde, la forme hexagonale empêche la pièce de pivoter et permet une meilleure répartition des tensions lors de la dilatation du bois.

Au Japon, plutôt que de cacher la réparation, on choisit souvent de la mettre en valeur de manière ordonnée. C’est une application du concept de mottainai (ne pas gaspiller) et d’une esthétique attentive au soin apporté à l’objet.
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